Un mètre vingt : la série qui révolutionne les représentations du handicap, de la sexualité et de l’adolescence
- Laetitia Rebord
- 15 sept.
- 4 min de lecture
Une mini-série argentine à ne pas manquer
Un mètre vingt (Un metro veinte) est une mini-série argentine disponible sur Arte. Composée de six épisodes d’environ 15 minutes, elle a été créée par María Belén Poncio et Rosario Perazolo Masjoan, cette dernière étant elle-même en fauteuil roulant. L’œuvre s’inspire directement de son vécu et propose une représentation rare, précieuse et authentique de l’adolescence en situation de handicap.
Diffusée initialement en 2021, elle revient aujourd’hui sur la plateforme Arte et suscite à nouveau l’enthousiasme. Pourquoi ? Parce qu’elle parvient à aborder des sujets longtemps invisibilisés avec une justesse, une énergie et une fraîcheur qui la rendent unique.
Une héroïne inédite et incarnée
L’histoire suit Juana, 17 ans, lycéenne comme les autres… mais que la société tend à percevoir uniquement à travers son fauteuil roulant. Elle est interprétée par Marisol Agostina Irigoyen, elle-même en situation de handicap. Le casting est essentiel : on ne confie pas ce rôle à une actrice valide « grimée » mais à une jeune femme concernée. Cette décision renforce la justesse et la force du récit, en donnant la parole et la visibilité aux premières personnes concernées.
Juana flirte, tombe amoureuse, revendique l’accès à l’éducation sexuelle dans son établissement, et découvre son corps et ses désirs. Elle n’est pas enfermée dans un rôle dramatique : elle vit pleinement son adolescence, avec ses hauts et ses bas.
Les thématiques abordées
Un mètre vingt ne se limite pas à montrer une adolescente handicapée : elle ouvre grand le champ des possibles et traite de sujets universels et contemporains :
Éducation sexuelle : Juana milite pour son droit (et celui de ses camarades) à une véritable éducation sexuelle à l’école. C’est un enjeu crucial en Argentine, où l’accès à ces cours est encore très inégal.
Validisme et préjugés : la série déconstruit l’infantilisation, les micro-agressions et les discriminations ordinaires que subissent les personnes handicapées.
Sexualité et désir : Juana explore ses envies, ses premières fois, ses relations amoureuses et sensuelles. Les scènes intimes sont filmées avec délicatesse, sans voyeurisme, en montrant aussi les gestes du quotidien liés au fauteuil roulant, toujours dans le respect et le consentement.
Féminisme intersectionnel : le récit croise âge, genre, handicap et contexte social. La voix de Juana s’inscrit dans une lutte plus large pour l’égalité et la dignité.
Thématiques sociétales : avortement, LGBTphobie, usage des réseaux sociaux, quête d’autonomie et construction identitaire.
Le tout est traité avec humour, sensibilité et authenticité.
Ce que la série change
Contrairement à beaucoup de fictions, Un mètre vingt évite deux écueils validistes majeurs :
Le pathos : on ne réduit pas le handicap à une tragédie permanente. Pas de violons larmoyants, pas de récit où la jeune fille serait définie uniquement par la souffrance.
L’inspiration porn : Juana n’est pas présentée comme « inspirante » pour les personnes valides, mais comme une ado à part entière. Sa vie n’est pas un outil pédagogique pour autrui, c’est une existence riche et multiple.
À la place, la série propose :
De l’humour, parfois grinçant
Des récits positifs et complexes
Des personnages qui vivent pleinement, sans être réduits à leur différence
Une esthétique moderne, dynamique, qui capte l’énergie adolescente
Empowerment et représentations
Juana est un personnage puissant. Elle dit non, elle dit oui, elle revendique, elle agit. Elle prend sa place dans la société, dans sa sexualité, dans ses choix. C’est une figure d’empowerment qui redonne de la dignité et de la visibilité aux jeunes en situation de handicap.
On la voit prendre la parole au lycée, se battre pour l’accès aux cours d’éducation sexuelle, assumer ses désirs et ses contradictions. Ces scènes montrent que le handicap n’empêche pas de militer, de désirer, de s’affirmer.
Le fait qu’une actrice handicapée incarne ce rôle écrit avec authenticité est une victoire pour la représentation : il ne s’agit pas de projeter des fantasmes valides, mais de donner la parole à celleux qui vivent réellement ces réalités.
Réception et critiques
La série a été saluée dans la presse internationale pour son ton original et son importance culturelle. Les critiques soulignent :
Sa capacité à casser les clichés.
Sa force visuelle et narrative.
La prestation naturelle et touchante de Marisol Agostina Irigoyen, qui porte le rôle avec une sincérité rare.
Pour beaucoup, Un mètre vingt est une série pionnière : elle montre qu’il est possible de représenter les personnes handicapées autrement qu’en figurantes ou en victimes.
Pourquoi c’est précieux
En tant que paire-aidante en santé sexuelle et handicap, je mesure l’importance d’une telle œuvre. Adolescente, j’aurais rêvé de voir une série comme celle-ci, qui montre que les jeunes handicapéEs ont elleux aussi des désirs, des combats, des joies, des contradictions.
Cette série est précieuse à double titre :
Pour les jeunes en situation de handicap : elle leur offre une représentation dans laquelle se reconnaître, loin des clichés.
Pour les valides : elle éduque, déconstruit, ouvre le regard sur une réalité trop souvent invisibilisée.
À regarder et à partager
Un mètre vingt n’est pas seulement une série, c’est un outil précieux. Accessible, drôle, émouvante et militante, elle donne envie de rire, de réfléchir, de débattre.
Alors, si vous voulez vous dévalider en passant un bon moment, binge-watchez Un mètre vingt sur Arte et parlez-en autour de vous !










Commentaires