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Nirvana et mobilité limitée : l’orgasme pour TOUTES les personnes qui ont un clitoris


Main d’une personne blanche attrapant et froissant un drap blanc, entourée de pétales de rose rouges éparpillés suggérant l’explosion de plaisir.

L’orgasme en quelques chiffres clés

Pour célébrer la Journée mondiale de l’orgasme féminin (le 8 août), commençons par faire le point sur quelques chiffres révélateurs concernant le plaisir féminin :


  • Le « plaisir gap » persiste. Une femme* sur trois n’a pas atteint l’orgasme lors de son dernier rapport hétérosexuel, contre seulement 6 % de leurs partenaires masculins. Autrement dit, les personnes ayant un clitoris jouissent en moyenne bien moins souvent que les hommes dans les relations hétérosexuelles – un écart notable qui souligne un enjeu de satisfaction sexuelle encore trop souvent à sens unique.

  • Clitoris vs pénétration : le nerf de la guerre. La grande majorité des femmes ont besoin d’une stimulation du clitoris pour jouir. Près de 37 % des femmes déclarent que la stimulation clitoridienne leur est nécessaire pour atteindre l’orgasme, alors qu’à peine 18 % peuvent y parvenir par la seule pénétration vaginale. En France, une enquête de l’IFOP montre de manière concordante que la pénétration vaginale seule permet un orgasme « facile » pour seulement 28 % des femmes, contre 38 % lorsqu’elle est accompagnée d’une stimulation du clitoris. Ces données confirment que la clé de l’orgasme féminin réside le plus souvent dans le clitoris, et que la pénétration sans stimulation externe est rarement suffisante pour faire jouir la plupart des femmes.


Clitoridien vs vaginal : en finir avec les mythes patriarcaux

Le débat historique opposant « orgasme vaginal » et « orgasme clitoridien » est aujourd’hui largement remis en question. D’un point de vue anatomique, il faut savoir que le clitoris est bien plus vaste que la seule petite partie visible à l’extérieur : cet organe s’étend en profondeur, avec des bulbes et racines internes qui entourent le vagin, ce qui fait que les orgasmes obtenus par pénétration impliquent en réalité le clitoris de manière indirecte. La sexologie moderne va ainsi jusqu’à considérer que tous les orgasmes féminins sont fondamentalement clitoridiens, le vagin n’étant pas doté d’un réseau nerveux suffisant pour provoquer un orgasme sans coup de pouce du clitoris. En pratique, cela signifie que si une femme atteint un orgasme dit “vaginal” par la pénétration seule, c’est généralement parce que son clitoris a été stimulé d’une façon ou d’une autre durant l’acte (pression, frottements, position, etc.).


Il est donc temps de tordre le cou à un vieux mythe. Pendant des décennies, la psychanalyse freudienne a véhiculé l’idée qu’il existerait un orgasme « mature » (par stimulation vaginale) opposé à un orgasme « infantile » (par stimulation clitoridienne). Sigmund Freud prétendait ainsi qu’après la puberté, les femmes devaient transférer le centre du plaisir du clitoris vers le vagin, le vaginal étant supposé plus « adulte ». Or nous savons aujourd’hui que cette hiérarchisation est dénuée de fondement : l’idée qu’un type d’orgasme soit plus « mature » qu’un autre est absurde. Toutes les études modernes soulignent au contraire que les pratiques les plus efficaces pour faire jouir une femme impliquent systématiquement le clitoris. Exit donc les théories dépassées de Freud (au revoir le schéma patriarcal du supposé orgasme vaginal supérieur !) : l’opposition entre orgasme « vaginal » et « clitoridien » n’a plus lieu d’être. Ce qui importe, c’est de découvrir ce qui fait plaisir à chaque femme sans se conformer à des normes archaïques.


Témoignage : trouver le plaisir avec un handicap moteur

« J’ai longtemps pensé que mes limitations physiques dues à mon handicap moteur m’empêcheraient d’atteindre un véritable plaisir sexuel. » En tant que femme en situation de mobilité très réduite, j’ai grandi avec cette crainte intériorisée que mon corps « différent » ne me permettrait pas de connaître l’extase ou le fameux nirvana orgasmique dont tout le monde parle. Les modèles de sexualité que l’on voit dans la culture populaire – performances acrobatiques, positions complexes du Kamasutra, enchaînements endiablés – semblaient à mille lieues de ce que mon corps à moi pouvait réaliser. Je me disais : « Si je ne peux pas bouger librement comme les autres, comment pourrais-je bien jouir ? » Cette angoisse a longtemps freiné mon épanouissement intime.


Heureusement, j’ai appris à adapter ma sexualité pour la rendre compatible avec mes capacités, sans inconfort ni douleur. J’ai réalisé qu’il n’existe pas une façon « normale » d’avoir du plaisir : chacun·e peut trouver son propre chemin vers l’orgasme, quel que soit son corps. De mon côté, cela a impliqué de réinventer les scénarios intimes : privilégier des positions simples où je me sens à l’aise, utiliser des accessoires pour compenser un mouvement difficile, m’affranchir du script pornographique centré sur la pénétration à tout prix… Bref, j’ai progressivement envoyé valser les injonctions hétéronormatives et pénétrocentrées qui pèsent sur la sexualité “classique”. Finie l’idée qu’il faudrait performer absolument selon un schéma unique (pénétration vigoureuse, plusieurs positions gymniques enchaînées, etc.) pour avoir une “bonne” relation sexuelle. À la place, j’ai mis l’accent sur ce qui fonctionne pour moi et mon partenaire, quitte à sortir des sentiers battus.


Et devinez quoi ? La complicité et le plaisir n’en sont que renforcés. J’ai eu de longues discussions avec mon partenaire pour qu’il comprenne mon ressenti, mes limites, mais aussi mes envies. J’ai été à l’écoute des siennes également. Il m’a même confié qu’il appréciait beaucoup moins ses expériences sexuelles passées avec des partenaires capables de “gigoter dans tous les sens”. Pour lui, notre façon plus posée et créative de faire l’amour est tout aussi satisfaisante – voire plus. C’est une belle leçon : on peut tout à fait atteindre l’extase sans avoir besoin de faire des acrobaties. La qualité de la connexion, l’attention mutuelle et l’imagination priment largement sur la performance physique. En fin de compte, mon handicap ne m’empêche pas d’avoir du plaisir; il m’a invitée à explorer d’autres routes vers ce plaisir, avec une bonne dose de complicité et d’amour-propre retrouvés.


Conseils pratiques pour une sexualité épanouie (et adaptée)

Chaque personne et chaque corps sont différents, mais voici quelques conseils/tips tirés de mon expérience et de recommandations de spécialistes, pour les personnes qui ont des limitations articulaires ou de mobilité :


  • Optez pour des positions confortables. Inutile de reproduire les positions compliquées vues dans les films. Privilégiez des postures qui réduisent les efforts physiques et évitent les douleurs. Par exemple, faire l’amour allongés sur le côté en position “cuillère” (l’unE contre l’autre sur le flanc) est une option douce et intime, idéale si l’on ne peut pas trop bouger. D’une manière générale, les positions où la personne à mobilité réduite peut rester allongée ou assise sont souvent plus agréables. N’hésitez pas à utiliser des oreillers ou des coussins pour soutenir le corps et trouver l’angle qui vous convient, cela peut aider à soulager la pression sur certaines articulations. Le but est de trouver LA position qui vous permet de prendre du plaisir sans contrainte physique inutile – peu importe qu’elle soit “classique” ou non, tant qu’elle convient à toustes les participantEs.


  • Misez sur la stimulation clitoridienne. Comme on l’a vu, le clitoris est le grand allié de l’orgasme féminin – c’est encore plus vrai lorsque la pénétration est difficile ou secondaire. Toutes les formes de stimulation du clitoris sont les bienvenues : avec les doigts (masturbation manuelle), avec la langue (cunnilingus), l’usage de sextoys externes (vibreur clitoridien, suceur type Womanizer, etc.)… Ne soyez pas timides sur le sujet, au contraire. Intégrer ce type de caresses peut véritablement transformer vos rapports et vous amener vers l’orgasme plus sûrement que de compter sur la seule pénétration. Rappelons-le : ce n’est pas “moins bien” de jouir via le clitoris, c’est comme cela que l’écrasante majorité des femmes fonctionnent. Donc on stimule, on explore, on trouve les techniques qui procurent le plus de plaisir (rythme, pression, mouvement…) et on n’hésite pas à guider san partenaire sur ce terrain-là.


  • Communiquez ouvertement et écoutez-vous. Le conseil peut sembler évident, mais il est capital : parlez ensemble de vos envies, de vos limites et de ce qui vous fait du bien. Une sexualité épanouie, surtout en présence d’un handicap, repose sur une bonne communication. N’ayez pas peur d’exprimer ce qui vous met mal à l’aise ou ce qui vous fait mal ; de même, accueillez sans jugement les retours de votre partenaire. Aucune pratique ne “doit” être imposée : si une position vous cause de l’inconfort, cherchez ensemble une alternative plutôt que de vous forcer pour faire plaisir. Le plaisir doit être partagé ; il n’y a rien de positif à ce qu’une personne subisse une situation désagréable par sacrifice. En communiquant honnêtement, on évite les malentendus et on peut explorer en confiance ce qui fonctionne le mieux pour chacunE. Souvenez-vous que la sexualité n’est pas un spectacle à performer, mais un langage intime à deux (ou plus) : restez à l’écoute l’unE de l’autre, ajustez-vous mutuellement, et vous trouverez votre propre rythme vers le plaisir.


Vers une sexualité libérée et épanouissante

En résumé, atteindre le nirvana orgasmique est tout à fait possible y compris avec une mobilité limitée – à condition de déboulonner les fausses croyances, de connaître un peu son corps (vive le clito !) et surtout d’inventer son propre mode d’emploi du plaisir en fonction de ses capacités. Cela passe par de la créativité, de la bienveillance envers soi-même, et une bonne communication avec san partenaire. La sexualité n’a pas besoin d’entrer dans un moule prédéfini : on peut la réinventer à chaque rencontre, pour qu’elle reste avant tout synonyme de plaisir partagé, de connexion et de jeu.


À noter : En tant que coach en santé sexuelle, j’accompagne régulièrement des personnes en situation de handicap qui souhaitent adapter leur vie intime afin qu’elle soit vraiment épanouissante. Le but est de sortir des blocages normés (ceux qu’on intériorise, notamment à cause du porno mainstream ou des stéréotypes) et d’apprendre à communiquer avec san/ses partenaire(s) pour construire une intimité sur mesure. Si vous vous sentez concernéE, n’hésitez pas à me contacter – la première séance “découverte” d’une heure est gratuite, pour faire connaissance et voir comment je peux vous aider par la suite. Ensemble, on peut travailler à libérer votre sexualité des contraintes inutiles et à trouver les chemins du plaisir qui vous ressemblent. Parce que oui, le plaisir et l’orgasme sont à la portée de toustes, quels que soient les défis que votre corps vous pose.


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*Dans cet article, j’utilise le mot “femme” pour parler des personnes qui vivent avec un clitoris, car c’est ainsi que les études et les statistiques sont souvent formulées.

Mais je tiens à préciser que je m’adresse à toutes les personnes, quels que soient leur genre ou leur identité, qui ont un clitoris et sont concernées par ces réalités de plaisir, d’orgasme, de sexualité adaptée. Mon intention est non excluante, inclusive des femmes cis, des personnes trans, des personnes non-binaires et intersexes. Ce texte parle de corps, de vécus, de ressentis – et non d’identité imposée.


Sources : 

Comment jouissent les femmes - Le Monde (17/12/2014)

 
 
 

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