Faire taire le validisme, un mot à la fois
- Laetitia Rebord
- il y a 5 jours
- 12 min de lecture

Le validisme imprègne insidieusement notre langue quotidienne. Comme pour le sexisme ou le racisme, notre langage véhicule des réflexes et expressions hérités d’un système inégalitaire. Ces mots et métaphores, si banals qu’on n’y prête souvent pas attention, ne sont pas sans conséquences. D’une part, ils blessent et dévalorisent les personnes en situation de handicap exposées à ces discours, alimentant le doute de soi et la haine intérieure. D’autre part, en les banalisant, on légitime les discriminations et violences subies par les personnes handicapées, neuroatypiques et/ou malades, comme si cette exclusion était « naturelle ». En somme, notre manière de parler renforce l’idée que la séparation entre vies « normales » et vies handicapées va de soi – une idéologie dangereuse qui tue tous les jours
Il est urgent de reconnaître que les mots ne sont jamais « juste des mots ». Ils reflètent et renforcent des façons de penser. Déconstruire le langage validiste – c’est-à-dire toutes ces expressions qui rabaissent ou stéréotypent le handicap – est donc un acte militant incontournable. Cet article propose d’examiner comment le validisme s’enracine dans la langue, à travers des exemples concrets d’insultes ou de métaphores du quotidien, puis de montrer comment des militantEs féministes handicapéEs s’organisent pour y résister. Enfin, nous lancerons un appel à transformer volontairement notre langage, car changer nos mots, c’est déjà changer le monde.
Insultes, métaphores : un validisme omniprésent dans nos mots
Le langage validiste prend de multiples formes, des plus agressives aux plus insidieuses.
On le retrouve notamment dans :
Les insultes : l’usage de termes médicaux ou de déficiences pour dénigrer quelqu’unE. Par exemple, traiter une personne de « débile », « trisomique », « schizo » ou « psychopathe » comme synonymes d’idiotE ou de fou/folle. Ces insultes sont profondément discriminantes : elles traduisent un mépris pour les personnes réellement concernées par ces troubles, et font du mal à la fois aux cibles de l’insulte et aux personnes ayant ces handicaps qui se sentent dénigrées.
Les métaphores dévalorisantes : l’emploi de mots liés au handicap pour désigner quelque chose de négatif. C’est le cas quand on qualifie un plan mal conçu de « boiteux » ou « bancal », quand on dit d’une personne obtue qu’elle est « aveugle » à la vérité, ou d’unE dirigeantE qui n’écoute pas ce qu’on lui dit qu’iel fait « la sourde oreille ». De même, on entend parfois traiter unE adversaire politique d’« autiste » pour dire qu’iel est dans son monde et n’écoute personne. Or ces personnes autistes, sourdes, aveugles, etc., n’ont en rien un problème en soi– ce ne sont pas des états qu’on peut assimiler à des tares. Employer ces termes comme insultes ou analogies négatives revient à affirmer que ces handicaps sont forcément synonymes de défaut ou d’erreur. D’autres mots existent pour décrire ce qui pose réellement problème (bornéE, indifférentE, maladroitE…), sans blesser ni déprécier des groupes entiers de personnes.
Les hyperboles médicales : l’usage excessif de termes liés à la maladie ou au handicap pour dramatiser une situation bénigne. Par exemple, dire « je suis en PLS » (position latérale de sécurité) juste pour signaler une fatigue passagère, s’exclamer « tu vas me faire avoir une crise cardiaque » pour un simple sursaut, ou prétendre « avoir une migraine » au moindre mal de tête. Ces exagérations banalisent des réalités graves (une véritable crise cardiaque ou une migraine chronique sont des expériences sérieuses). À force de les utiliser à la légère, on vide ces mots de leur sens et on tourne en dérision des conditions de santé bien réelles, ce qui est une appropriation abusive et irrespectueuse.
Ces quelques exemples illustrent un validisme ordinaire, omniprésent dans nos conversations, nos médias et même nos œuvres culturelles. Qui ne s’est jamais esclaffé devant un personnage de film traité de « débile », ou n’a pas lui-même qualifié une idée un peu folle de « schizophrène » ou de « bipolaire » ? Nous avons intégré ces réflexes de langage dès l’enfance, sans intention de blesser, tant ils sont courants. Mais leur banalité même est partie du problème : en passant inaperçus, ces mots renforcent des stéréotypes profondément ancrés. Par exemple, utiliser « fou/folle » à tout bout de champ (pour dire génial ou déraisonnable selon le contexte) entretient l’idée que la folie est un concept fourre-tout servant à ridiculiser ou disqualifier ce qui déplaît. Le mot « fou » devient l’insulte passe-partout pour décrédibiliser une femme qui s’indigne (combien de misogynes ont taxé leurs opposantes de folles), ou au contraire pour excuser des actes violents (« ce tireur était un fou isolé »). Comme le rappelle l’humoriste américano-palestinienne Maysoon Zayid, « fou » est souvent employé pour tout problème de santé mentale, et c’est le mot préféré de celleux qui cherchent à faire taire les femmes qui contestent leur pouvoir. Même utilisé sans intention malveillante (« ce film est fou ! » pour dire qu’il est formidable), ce choix de mot reste déplacé car il fait abstraction des troubles bien réels que recouvre la folie.
De même, le terme « débile » peut paraître anodin. Pourtant, il a historiquement désigné des personnes ayant une déficience intellectuelle ou des troubles d’apprentissage. On l’a si souvent utilisé pour humilier que, même dit sans méchanceté, il reste douloureux pour celleux à qui on l’a trop souvent appliqué. Ainsi, employer « idiotE, crétinE, attardéE » à l’encontre d’unE individuE – fût-iel un personnage politique détestable – n’atteint pas seulement la cible visée. C’est toute une communauté qui subit le contrecoup de ces mots chargés d’histoire. Se moquer de quelqu’unE en le./la traitant de « débile », c’est véhiculer l’idée que les personnes ayant une déficience intellectuelle seraient toutes bêtes ou ridicules, voire dangereuses. En réalité, rappelle Maysoon Zayid, les personnes neuroatypiques ou avec un handicap mental sont surtout confrontées à bien plus de violences et de brimades que les valides – et ce genre de langage y contribue.
L’impact de ces mots dépasse donc largement le cadre de la « plaisanterie » ou de la métaphore isolée. Les mots créent le monde : en assimilant systématiquement le handicap à quelque chose de négatif (bêtise, laideur, échec, faiblesse…), on renforce le préjugé que le handicap est forcément tragique ou indésirable, et que la vie handicapée vaut moins que la vie « valide ». C’est précisément ce biais validiste qu’il nous faut mettre en lumière.
Une idéologie ancrée dans la langue
Rien n’illustre mieux l’enracinement idéologique du validisme dans la langue que l’usage apparemment innocent de ces métaphores et tournures. En effet, ces expressions reposent sur une norme implicite : celle du corps valide considéré comme référence universelle. Comme l’explique la chercheuse Sami Schalk, les métaphores sur le handicap partent du principe que tout le monde partage les mêmes expériences corporelles « normales » (voir, entendre, marcher…), et utilisent le handicap comme symbole de ce qui manque ou dysfonctionne. Par exemple, parler d’un « examen à l’aveugle » (pour un test fait sans informations d’identification) suppose que ne pas voir serait un état généralisable pour figurer le fait d’ignorer quelque chose. De même, dire « être paralyséE par la peur » laisse entendre que la paralysie est une métaphore évidente du blocage – alors qu’elle est avant tout la réalité vécue de nombreuses personnes handicapées. Ces métaphores ne sont pas juste des images innocentes : elles font passer l’idée que le handicap est un synonyme de faiblesse, d’impuissance ou d’ignorance. C’est ainsi que le langage courant propage une idéologie du handicap perçu comme « invariablement mauvais, indésirable, pitoyable, douloureux ». Autrement dit, ces tournures sont bien validistes, puisqu’elles véhiculent des attitudes discriminantes envers les personnes handicapées en présentant leur condition comme quelque chose qu’on ne voudrait surtout pas être.
Cette imprégnation idéologique est telle qu’on la retrouve y compris dans des milieux se voulant progressistes ou intersectionnels. Par exemple, la militante féministe Bell Hooks – connue pour ses positions anti-racistes et anti-sexistes radicales – a employé l’expression « paralysie émotionnelle » pour décrire l’effet du patriarcat sur les hommes.
Cela a fait tiquer des militantEs handi et chercheureuses en disability studies présents lors d’une conférence, qui l’ont interrogée : « Comment une féministe aussi engagée peut-elle utiliser un langage aussi ouvertement validiste ? ». En effet, en associant métaphoriquement la paralysie (un handicap physique bien réel) à un manque affectif chez l’homme opprimé, Bell Hooks suggérait involontairement que le féminisme vise à « guérir » ces hommes de leur handicap métaphorique – et donc que le handicap, même métaphorique, est à éradiquer. Sami Schalk souligne que lorsque les féministes utilisent le handicap comme métaphore des méfaits du patriarcat, elles positionnent alors le féminisme en opposition au handicap, comme si l’un des buts à terme était aussi d’abolir le handicap. Un comble pour un mouvement censé lutter pour la justice sociale pour toustes. Schalk argumente que ce procédé va à l’encontre des objectifs du féminisme intersectionnel moderne, en invisibilisant les femmes handicapées et les personnes à l’intersection de multiples oppressions. De plus, il affaiblit la portée des analyses : employer des métaphores validistes dans un texte militant revient à miner son propre message d’égalité. Comment prétendre combattre toutes les discriminations si, par nos mots, on relègue implicitement le handicap du côté des états indésirables, antinomiques avec l’émancipation ?
On le voit, nos choix de vocabulaire ne sont pas neutres. Ils reflètent des schémas de pensée bien ancrés. Toute une vision du monde se cache derrière le champ lexical du handicap : d’un côté, la norme (être capable, sainE, entierE), de l’autre, le défaut (être « infirme », diminuéE, « anormalE »). Parler de quelqu’un comme « clouéE dans un fauteuil roulant » par exemple – expression qu’on lit souvent dans la presse – n’est pas anodin : cela suggère que le fauteuil est une prison douloureuse, que la personne est condamnée par son handicap. On pourrait tout aussi bien dire qu’elle utilise un fauteuil roulant, outil de mobilité et de liberté. La différence de formulation change le regard porté : dans le premier cas, on plaindra la personne ; dans le second, on la considère acteurice de sa vie équipée d’un dispositif.
De la même manière, les médias parlent volontiers de personnes « souffrant de… » telle maladie, même si celles-ci ne se définissent pas forcément par la souffrance. Ces tournures automatiques perpétuent l’idée que la vie avec un handicap est nécessairement misérable. C’est pourquoi de nombreuses personnes concernées préfèrent parler d’« être handicapéE » sans détour, ou de « personne handicapée », plutôt que d’« être atteinte de » ou « souffrante ». Le vocabulaire médical ou larmoyant n’est pas obligatoire : on peut nommer le handicap sans jugement de valeur.
Reconnaître le validisme dans la langue, c’est donc comprendre que nos mots charrient des idéologies. Il ne s’agit pas de culpabiliser chacunE pour chaque expression maladroite, mais de prendre conscience du schéma global : une hiérarchie implicite est à l’œuvre, où valide = normalE/désirable et handicap = anormalE/indésirable. Cette hiérarchie transparaît dans nos blagues, nos insultes, nos métaphores. La bonne nouvelle, c’est qu’une fois le mécanisme mis en lumière, on peut choisir de le dérégler.
Résistances féministes et alternatives inclusives
Face à ce constat, des voix s’élèvent pour dénoncer et transformer le langage validiste. Dans le prolongement des luttes féministes, antiracistes ou LGBTQ+, un courant militant anti-validiste s’attache à déconstruire les préjugés liés au handicap, y compris dans la langue. Des féministes handicapées, universitaires ou artistes, nous invitent à repenser nos mots pour bâtir un imaginaire plus inclusif.
Aux États-Unis, Sami Schalk – universitaire afro-américaine et militante – a analysé ces questions dans ses travaux. Elle appelle les féministes à adopter une « position politique réflexive » vis-à-vis du langage, en examinant de près les implications des mots que l’on utilise. Concrètement, Schalk suggère de poser des limites aux métaphores sur le handicap dans le discours féministe, et d’ouvrir plutôt de nouvelles manières d’exprimer les idées sans recourir à des clichés validistes. Pour elle, il est nécessaire que les théoricienNEs féministes s’interrogent sur les principes qui sous-tendent leurs habitudes langagières, afin d’éviter de marginaliser davantage des groupes déjà dominés, même involontairement. En un mot, prendre soin de son vocabulaire fait partie intégrante d’une démarche féministe intersectionnelle cohérente.
En France, la philosophe et militante Charlotte Puiseux fait partie de celles qui ont popularisé la notion de validisme et encouragent une prise de conscience collective. Docteure en philosophie et elle-même concernée par le handicap, Charlotte Puiseux a traduit et diffusé en français des travaux fondateurs des disability studies (comme l’article de Sami Schalk cité plus haut) afin de rendre ces idées accessibles. Elle a également publié des ouvrages, tels que « Plutôt vivre : comprendre le validisme et valoriser une culture crip » (2025) avec Chiara Kahn, qui explorent la culture crip – du nom que les Anglo-Saxons ont réinvesti à partir du terme péjoratif cripple (« infirme ») pour revendiquer fièrement une identité handicapée. Reprenant la stratégie du mouvement queer, le mouvement crip retourne le stigmate en fierté : la différence n’est plus tue, elle est affichée comme une force de subversion des normes. Les autrices soulignent combien la langue française est pétrie de rapports de pouvoir validistes, mais aussi qu’elle peut évoluer. À l’instar de l’écriture inclusive qui tente de sortir du sexisme linguistique, on peut imaginer et adopter un langage non-validiste débarrassé des expressions discriminantes.
La blogueuse Mélanie (alias Mélitrucs), autrice d’un fanzine intitulé « Pour un langage non-validiste », propose ainsi des règles simples pour nettoyer notre vocabulaire. Elle conseille par exemple de ne jamais utiliser le nom d’une maladie ou d’un handicap comme une image – car « oui, cela nous demande de changer en profondeur nos habitudes culturelles et nos réflexes d’écriture et de parole » , admet-elle, mais c’est un effort nécessaire. Son guide invite aussi à réfléchir aux petites phrases toutes faites qu’on prononce sans y penser quand on parle à une personne malade ou handicapée.
Par exemple, banaliser la souffrance de l’autre en répondant « oh, moi aussi je suis fatiguéE en ce moment » à quelqu’unE qui confie être épuiséE par sa maladie chronique, ou au contraire dramatiser et plaindre systématiquement dès qu’il est question de handicap. Ces réflexes conversationnels peuvent paraître bien intentionnés, mais ils recentrent l’attention sur soi ou sur une vision misérabiliste, au lieu d’écouter la réalité de la personne concernée. De même, Mélanie invite à en finir avec certains scripts sociaux invalidants : par exemple, assaillir une personne en fauteuil d’exclamations du type « Tu es tellement courageux/se ! » simplement parce qu’elle fait ses courses ou sort boire un verre – comme si mener une vie ordinaire en étant handicapé relevait de l’exploit. À la longue, ces réactions stigmatisent plus qu’elles ne soutiennent. L’enjeu est de dédramatiser le handicap dans le langage : parler du handicap comme d’un élément de la diversité humaine, ni plus ni moins exceptionnel qu’une autre caractéristique.
La militante et comédienne Maysoon Zayid offre également un exemple inspirant de résistance linguistique. Née avec une paralysie cérébrale, Maysoon utilise la scène et sa plume pour combattre les stéréotypes. Elle a entrepris de bannir de son vocabulaire scénique les mots comme « stupid » ou « crazy », qu’elle adorait employer au début de sa carrière humoristique, après avoir réalisé leur dimension offensante. Son déclic est venu lorsqu’une spectatrice lui a confié qu’une blague avait ravivé en elle un traumatisme : Maysoon a alors compris que blesser quelqu’unE n’est jamais drôle, et que faire rire ne devait pas se faire aux dépens des personnes marginalisées. Elle a donc purgé ses sketchs de tout langage oppressif, y compris validiste. Désormais, elle se fixe pour règle de ne plus prononcer certains termes, même si elle-même appartient à la communauté handicapée – excepté dans le contexte très précis d’en dénoncer l’usage. « On m’a souvent traitée d’“attardée” (retard). Si je raconte une histoire où ce juron m’a été lancé, alors je peux le citer… En dehors de ces cas, je refuse d’utiliser ce mot. Même handicapée, l’employer reviendrait à alimenter la culture du validisme », explique-t-elle en substance. Maysoon Zayid milite également pour que le mot « handicapéE » ne soit plus tabou. Elle fustige les euphémismes infantilisants du type « autrement capable » ou *« personnes à besoins spécifiques » : « Nos besoins ne sont pas spéciaux, ce sont des aménagements nécessaires qui sauvent des vies. Il est temps que la société abandonne les alternatives “politiquement correctes” et se contente de dire le mot “handicapé”, de le dire haut et fort. Elle-même se décrit comme une « diva handicapée » plutôt qu’« en situation de handicap », affirmant que son handicap fait partie intégrante de son identité et qu’elle n’a pas à en avoir honte. Cette réappropriation fière du terme handicapéE permet de contrer la connotation péjorative qu’on lui associe trop souvent, et de montrer qu’on peut être handicapéE et puissantE, talentueux/se, heureux/se – bref, tout ce que le validisme tend à nier.
Ces différentes formes de résistance – travaux universitaires, guides pratiques, choix artistiques – convergent vers un même objectif : déraciner le validisme de nos esprits en le chassant de nos mots. Il s’agit d’un processus collectif de réapprentissage. Cela passe par écouter les personnes concernées quand elles pointent un terme blessant, par accepter de remettre en question notre humour ou nos expressions favorites, par chercher des alternatives plus respectueuses. C’est un effort créatif et éthique à la fois. Et contrairement à ce que prétendent les tenantEs de la « liberté d’expression » sans filtre, ce n’est pas de la censure stérile : c’est de l’évolution sociale. La langue a toujours changé avec les mœurs ; aujourd’hui, le mouvement antivalidiste nous invite simplement à l’orienter vers plus de justice.
Changer nos mots, changer les représentations
Réformer son langage peut sembler un défi décourageant – après tout, ces expressions validistes sont ancrées depuis des siècles. Mais c’est avant tout une aventure politique et personnelle. Politique, car en modifiant nos mots du quotidien, on s’attaque aux fondations mêmes de la discrimination. Dire d’un ton moqueur « il radote, il doit être Alzheimer » ou « ce projet boite, il est handicapé » peut paraître banal, mais ne rien changer reviendrait à cautionner l’idée que le handicap est risible ou pitoyable. À l’inverse, arrêter d’utiliser ces clichés, c’est refuser de participer à la propagation de cette idéologie. C’est un acte politique à la portée de chacunE, un moyen de marquer son refus du mépris validiste dans la sphère la plus ordinaire qui soit : la conversation, les réseaux sociaux, l’école, le travail, etc.
C’est aussi un cheminement personnel et collectif. Personne n’est parfaitE d’emblée : nous ferons toutes et tous des erreurs de langage, par habitude ou ignorance. L’important est d’apprendre et de faire preuve d’empathie. Lorsque des personnes handicapées nous signalent qu’un terme les blesse ou les marginalise, écoutons-les. Plutôt que de nous braquer en criant à la « police du langage », interrogeons-nous sur pourquoi ce mot pose problème. La remise en question n’est pas toujours confortable, mais elle est salutaire. Changer son langage demande du temps, comme tout déconditionnement, mais c’est une démarche enrichissante qui ouvre l’esprit. On découvre de nouveaux mots, de nouvelles façons de penser moins oppressives. On gagne en cohérence avec les valeurs d’égalité et de respect qu’on souhaite défendre.
En définitive, épurer notre vocabulaire du validisme n’a rien d’anecdotique. Les mots font la réalité : en choisissant nos mots avec conscience, on peut progressivement transformer les mentalités. Refuser les blagues ou insultes validistes, c’est affirmer haut et fort que la dignité des personnes handicapées n’est pas négociable. C’est contribuer à ce que, demain, plus aucunE enfant handicapéE n’intériorise l’idée qu’iel vaut moins parce que le langage courant associe sa différence à quelque chose de ridicule ou tragique. Notre parole a du pouvoir. Les mots ont de l’importance. Alors, efforçons-nous de mieux faire.
Sources :
Pour un langage non validiste - Melitruc
“Handicapé·e” : pourquoi je veux qu’on le dise sans honte - Refinery29 (2020)





