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Every Body sans exception ? Le défi du validisme en santé sexuelle

3 sept.
6 min de lecture
Affiche blanche avec logo WAS et slogan EVERY BODY; Journée mondiale de la santé sexuelle, 4 septembre 2026.
Campagne 2026 de la WAS

Ce 4 septembre 2026, la World Association for Sexual Health (WAS) lance sa campagne mondiale sous le thème « Every Body » (Tous les corps). Le manifeste est clair : « La santé sexuelle, les droits, la justice et le plaisir appartiennent à chaque personne, dans chaque corps, sans exception. »


La WAS décortique dix catégories de corps traditionnellement exclus ou marginalisés par les systèmes de santé. En tant que femme handicapée, paire-aidante et militante antivalidiste, je salue cette initiative qui nomme enfin les invisibles. Cependant, lire cette liste, c’est aussi constater à quel point le corps handicapé subit une double, voire une triple peine lorsqu’il est croisé avec d’autres oppressions.


Analysons ces dix corps à l’aune du validisme, pour comprendre où se situent les ruptures d’égalité et ce que nous devons exiger pour que le « Every Body » ne soit pas qu’un slogan.


1. Les jeunes corps : Le droit de savoir pour mieux se protéger

La campagne rappelle que l’éducation à la sexualité doit commencer bien avant la puberté. Pour les enfants handicapéEs, cet enjeu est vital. Trop souvent, sous prétexte de les « protéger » ou de préserver leur « innocence », on leur dénie l’accès à l’information. On ne leur apprend pas les noms corrects de leurs parties intimes, on ne leur parle pas de consentement.


Mon analyse antivalidiste : Cette carence éducative n’est pas de la protection, c’est de la négligence dangereuse. UnE enfant handicapéE qui ne peut pas nommer son corps est une proie facile pour les agresseureuses. L’éducation sexuelle est un outil d’autodéfense. Refuser cette éducation aux enfants handicapéEs, c’est perpétuer leur vulnérabilité.


2. Les corps vieillissants : La sexualité n’a pas de retraite

La WAS note que les plus de 65 ans sont souvent exclus des discours de prévention. Pour les personnes handicapées vieillissantes, c’est une invisibilisation totale. On considère souvent que le handicap « annule » la sexualité, alors que le vieillissement la rendrait soi-disant obsolète.


Mon analyse antivalidiste : Le validisme et l’âgisme font bon ménage. On imagine difficilement un corps vieillissant et handicapé comme étant désirant. Pourtant, le besoin d’intimité, de toucher et de connexion persiste toute la vie. Les établissements médico-sociaux pour personnes âgées handicapées sont souvent des lieux de désert affectif et sexuel, où la pudeur institutionnelle étouffe les désirs.


3. Les corps handicapés : Enfin nommés, mais encore trop isolés

La campagne le dit explicitement : « Les personnes handicapées ont des vies sexuelles, des besoins de santé sexuelle et des droits sexuels. Les systèmes ont largement agi comme si ce n’était pas le cas. » Elle pointe le manque d’éducation, l’absence de formation des soignantsE et les barrières d’accès.


Mon analyse antivalidiste : C’est le cœur du réacteur. Le problème n’est pas le handicap, c’est l’inaccessibilité systémique. Comment parler de santé sexuelle quand les cabinets de gynécologie ou de sexologie sont inaccessibles ? Quand les brochures de prévention ne sont pas disponibles en Braille ou en FALC (Facile à Lire et à Comprendre) ? Quand les soignantEs s’adressent à l’accompagnantE et non aux patientEs ? La santé sexuelle des corps handicapés exige une accessibilité anticipée, pas des adaptations a minima.


4. Les corps intersexes : La lutte contre la normalisation chirurgicale

La WAS dénonce les interventions médicales non consenties sur les enfants intersexes pour conformer leurs corps à la binarité homme/femme.


Mon analyse antivalidiste : Ici, le lien avec le validisme est flagrant. Le corps intersexe est vu comme un « erreur » de la nature à corriger, tout comme le corps handicapé est vu comme un corps « cassé » à réparer. Cette logique de normalisation médicale, qui privilégie l’apparence normative sur l’intégrité physique et le consentement, est la même qui pousse à la stérilisation forcée de nombreuses femmes handicapées. C’est le même combat pour l’autodétermination de nos corps contre l’arbitraire médical.


5. Les corps racisés : Quand le racisme structurel tue

La campagne souligne les disparités mortelles, notamment pour les femmes noires lors de la grossesse.


Mon analyse antivalidiste : L’intersectionnalité est cruciale. Une femme noire handicapée subit le croisement des discriminations : son corps est à la fois racisé, handicapé et sexisé. Elle subit le validisme, le sexisme et le racisme. Ses douleurs sont souvent moins crues, sa parole moins écoutée, son accès aux soins plus entravé. Parler de « Every Body », c’est reconnaître que ces systèmes d’oppression s’entremêlent et créent des inégalités de santé spécifiques et dévastatrices.


6. Les corps de différentes corpulences : La grossophobie comme barrière de soin

Le stigma lié au poids empêche l’accès aux soins et fausse le diagnostic.


Mon analyse antivalidiste : La grossophobie est une forme de validisme qui juge la valeur d’un corps à sa conformité esthétique et à sa « santé » supposée. Pour une personne grosse handicapée, l’accès aux équipements (fauteuils, tables d’examen, scanners) devient très complexe. Le corps est alors doublement stigmatisé : jugé incapable (handicap) et jugé excessif (poids).


7. Les corps trans et diversifiés dans le genre : Le droit à l’affirmation

La WAS pointe la méfiance légitime des personnes trans envers un système de santé cisnormatif.


Mon analyse antivalidiste : Les personnes trans handicapées font face à un mur double. D’un côté, un système médical qui pathologise leur identité de genre ; de l’autre, un système qui infantilise leur handicap. Accéder à une transition médicale quand on est considéréE comme « inapte » à décider à cause de son handicap est un combat quotidien. La santé sexuelle inclusive doit déconstruire la cisnormativité ET le validisme simultanément.


8. Les corps malades chroniques et en fin de vie : L’intimité jusqu’au bout

La campagne rappelle que la maladie chronique ou la fin de vie n’effacent pas le besoin d’intimité, pourtant rarement abordé par les soignantEs.


Mon analyse antivalidiste : Pour les personnes handicapées, le corps est souvent déjà médicalisé à l’extrême. Le risque est de réduire la personne à son corps-soigné, en oubliant le corps-désirant. En soins palliatifs ou dans les maladies chroniques, on suppose souvent que la douleur ou la fatigue annulent le désir. C’est une erreur. Le toucher plaisir, la proximité, la sensualité sont des besoins humains fondamentaux qui persistent jusqu’au dernier souffle, quel que soit l’état du corps.


9. Les corps enceints et post-partum : La parentalité des femmes handicapées

La WAS note l’absence de soutien sur la sexualité durant la période périnatale.


Mon analyse antivalidiste : Pour les femmes handicapées, la grossesse est souvent un sujet de controverse, voire d’interdit social. On nous questionne sur notre « capacité » à être mères, on nous surveille, on nous juge. La sexualité post-partum, déjà complexe pour toutes les femmes, est souvent niée pour les femmes handicapées, comme si la maternité avait définitivement effacé notre statut de femme sexuée. Le droit à la parentalité et le droit à la sexualité sont indissociables.


10. Les corps ménopausés : Briser le tabou de la sexualité des femmes âgées

La ménopause est un angle mort de la santé sexuelle, aggravé par le sexisme et l’âgisme.


Mon analyse antivalidiste : Pour une femme handicapée, la ménopause s’ajoute à un parcours de soin déjà lourd. Les symptômes (sécheresse, douleurs) peuvent être exacerbés par certaines médications ou par le manque de mobilité. Pourtant, on ne lui en parle pas. On considère que sa sexualité est déjà « réglée » (ou inexistante) à cause de son handicap. Reconnaître la sexualité des corps ménopausés handicapés, c’est reconnaître leur droit au plaisir jusqu’à la fin de leur vie.


Du constat à l’action antivalidiste

La campagne « Every Body » de la WAS a le mérite de cartographier l’exclusion. Elle montre que le système de santé sexuelle a été conçu pour un corps idéal qui n’existe pas : jeune, valide, blanc, cisgenre, mince et fertile.


Mais pour nous, personnes handicapées, il ne suffit pas d’être ajoutées à cette liste en tant que catégorie numéro 3. Nous sommes traversées par toutes les autres. Une femme handicapée peut être racisée, trans, grosse et vieillissante.


Mon engagement de paire-aidante et ma vision antivalidiste m’amènent à dire : il ne s’agit pas d’adapter le système pour qu’il nous « tolère », mais de le détruire pour le reconstruire autrement.


  • Il faut former les soignantEs non pas à « gérer » le handicap, mais à déconstruire leurs propres biais validistes. Je propose d'ailleurs une formation Dévalidons la clinique avec mon amiE et collègue Nadia Morand. Retrouvez toutes les informations sur notre page LinkedIn et notre compte Instagram.

  • Il faut intégrer des pairEs-aidantEs dans tous les projets de santé sexuelle, car nous sommes les expertEs de nos vécus.

  • Il faut exiger que l’accessibilité (physique, cognitive, sensorielle) soit la condition sine qua non de tout financement en santé publique.


La santé sexuelle est un droit humain. Pour que l’adage “Every Body“ devienne réalité, il faut que chaque corps, dans toute sa complexité et sa singularité, puisse enfin dire : « Je suis ici, je désire, je jouis, et j’ai le droit d’être soignéE avec dignité. »

 
 
 

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