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Contraception et handicap : entre droits, abus et choix éclairés

Une personne en fauteuil roulant à droite et, à gauche, des objets liés à la santé menstruelle et contraceptive : une coupe menstruelle, un comprimé contraceptif et un patch.

Chaque 26 septembre, la Journée mondiale de la contraception rappelle l’importance de l’accès à une information fiable et à un choix libre en matière de santé reproductive. Pourtant, lorsqu’il s’agit des personnes handicapées, cette liberté fondamentale est trop souvent bafouée.


Manque d’accès à l’information, pression sociale, pratiques de contraception imposée : la question dépasse la sphère médicale pour devenir un enjeu de droits humains, de dignité et de justice sociale.


Un accès à l’information encore trop limité

Beaucoup de personnes en situation de handicap n’ont pas la possibilité d’accéder à une information claire et adaptée concernant la contraception et la santé sexuelle.

  • Les supports sont rarement pensés pour être accessibles : langage facile à lire et à comprendre (FALC), vidéos sous-titrées, traduction en langue des signes, documents en braille ou pictogrammes, versions audio, etc.

  • Les professionnelLEs de santé sont souvent peu forméEs pour accompagner les personnes handicapées dans leur santé sexuelle et reproductive.

  • Dans les établissements médico-sociaux, l’éducation à la sexualité reste inégale, parfois réduite à un discours hygiéniste ou à la mise en garde contre les risques, sans aborder la question du désir, du plaisir ou du choix.


Résultat : beaucoup de personnes restent dépendantes de proches, d’éducateurices ou de soignantEs pour comprendre ou décider, ce qui réduit fortement leur autonomie.


Héritages d’un contrôle social

La sexualité des personnes handicapées a longtemps été vue comme problématique, voire dangereuse. Dans certains pays, la stérilisation forcée a été une pratique légale jusqu’à la fin du XXe siècle.


Même si aujourd’hui la loi française interdit strictement toute stérilisation sans consentement, la réalité est plus nuancée :

  • Des stérilisations forcées existent encore, de manière discrète. Elles sont parfois décidées « en famille », entre parents et médecins, avec la complicité de soignantEs qui ferment les yeux ou estiment « protéger » la personne.

  • Ces pratiques sont rarement visibles et encore moins dénoncées, mais elles traduisent un contrôle persistant du corps des personnes handicapées.

  • Elles constituent une violation grave des droits humains, régulièrement rappelée par des instances comme le Comité des droits des personnes handicapées de l’ONU.


Cette logique de contrôle se manifeste aussi de façon plus diffuse :

  • Contraception imposée en institution : parfois une condition implicite pour rester hébergéE.

  • Décisions prises à la place de la personne : prescription sans réel consentement éclairé, sans explication claire ni alternatives présentées.

  • Parentalité empêchée : manque de dispositifs de soutien, absence de reconnaissance de leur capacité à élever unE enfant, voire menace systématique de retrait de garde.


Le droit de choisir, vraiment

L’enjeu n’est pas de savoir si les personnes handicapées doivent ou non avoir accès à la contraception. L’enjeu est de savoir qui décide.


Un droit ne se résume pas à une option médicale :

  • La contraception doit être proposée, pas imposée.

  • Le choix doit être éclairé : cela suppose un accès à une information accessible, adaptée et compréhensible.

  • Le consentement doit être libre : sans pression implicite, sans menaces de perte de droits.


De plus, il faut reconnaître le droit à la parentalité des personnes handicapées. Vouloir un enfant ne doit pas être considéré comme irresponsable ou irréalisable : c’est un droit fondamental, inscrit dans les conventions internationales comme la Convention relative aux droits des personnes handicapées (ONU, 2006).


Changer de regard, changer de pratiques

Garantir un choix réel et respectueux pour les personnes handicapées implique un changement profond de société :

  • Former les professionnelLEs de santé à la santé sexuelle pour toustes.

  • Développer des supports accessibles (brochures en FALC, vidéos en LSF, ateliers adaptés, etc).

  • Mettre fin aux pratiques coercitives, y compris aux stérilisations clandestines.

  • Créer des dispositifs de soutien à la parentalité pour les personnes en situation de handicap qui souhaitent avoir un enfant.

  • Donner la parole aux personnes directement concernées dans les débats publics, les politiques de santé et la recherche.


La contraception est un droit. Mais un droit ne devient réel que s’il est librement choisi et pleinement respecté.


Aujourd’hui encore, trop de personnes handicapées voient ce droit confisqué au nom de leur « protection » ou du « confort institutionnel ».


Reconnaître notre autonomie, notre dignité et notre capacité de choix, c’est avancer vers une société plus juste, où la sexualité et la parentalité ne sont pas des privilèges réservés à quelques-unEs, mais des droits universels.

 
 
 

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