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Mois de la Fierté Handi : Santé sexuelle, droits, justice et plaisir pour tous les corps

Plusieurs personnes sont assises en cercle sur un lit aux draps blancs. Leurs jambes sont entrelacées au centre et leurs mains se superposent les unes sur les autres, paumes ouvertes ou doigts liés, dans un geste de connexion et de confiance. Les peaux présentent des teintes variées, allant du clair au foncé. Certaines mains portent des bagues en argent ou en métal doré, et un tatouage sombre est visible sur l’avant-bras d’une personne. L’éclairage est doux et naturel, créant une atmosphère intime et apaisée.

Chaque juillet, le Mois de la Fierté Handi (Disability Pride Month) célèbre le handicap comme une composante essentielle de la diversité humaine. Le thème 2026, « Le monde fonctionne mieux avec nous », rappelle une vérité fondamentale : lorsque les personnes handicapées sont incluses, les systèmes s'améliorent pour tout le monde. Pourtant, la santé sexuelle reste l'un des domaines où l'exclusion est la plus flagrante.


La campagne « Every Body » (Chaque Corps) portée par l'Association mondiale pour la santé sexuelle (WAS), offre un cadre d'analyse puissant. Elle postule que nos systèmes de santé ont été construits autour d'une image étroite de « quels corps comptent ». Si les corps handicapés sont souvent invisibilisés, la campagne démontre que cette exclusion n'est pas isolée : elle s'entrecroise, entre autres, avec l'âgisme, le racisme, la grossophobie et la transphobie.


Le mythe de l'asexualité et la réalité des corps handicapés

Comme le souligne la fiche d'information de la WAS, les personnes handicapées sont significativement moins susceptibles de recevoir une éducation à la sexualité ou de trouver des services conçus pour leurs besoins d'accessibilité. Ce vide institutionnel nourrit un mythe tenace : celui de l'asexualité. Or, les faits sont clairs : les personnes handicapées ont des vies sexuelles, des désirs et des droits.


Le coût de cette négation est lourd. La WAS note que les personnes handicapées font face à des taux de violences sexuelles plus élevés, en partie parce que les systèmes échouent à leur fournir le langage et les connaissances nécessaires pour identifier et signaler les abus.


Une justice sexuelle intersectionnelle : la leçon des « 10 corps »

La force de la campagne « Every Body » est de montrer que le validisme ne fonctionne pas en vase clos. En explorant dix thématiques corporelles, elle révèle comment les barrières se cumulent pour les personnes situées à l'intersection de plusieurs marginalisations.


  1. Âge et handicap

    Alors que 40 % des adultes de 65 à 80 ans sont sexuellement actifs, les systèmes de santé considèrent souvent que la sexualité s'arrête avec l'âge. Pour une personne handicapée vieillissante, ce déni est doublé : on suppose qu'elle n'a pas de désir à cause de son handicap, et plus à cause de son âge. La campagne exige que la santé sexuelle fasse partie des soins routiniers à tous les âges, brisant le silence qui entoure la sexualité des aînéEs handicapéEs.

  2. Corps racisés et handicap

    Le racisme structurel aggrave les obstacles auxquels font face les personnes handicapées racisées. La WAS pointe des disparités criantes, notamment dans la mortalité maternelle. Pour une femme noire en situation de handicap, l'accès aux soins gynécologiques ou à la santé reproductive peut être entravé à la fois par des infrastructures inaccessibles et par des biais raciaux dans l'évaluation de la douleur. La justice sexuelle exige de démanteler ces inégalités structurelles, et non seulement de former les individuEs.

  3. Diversité des corps et neurodiversité

    La stigmatisation liée au poids (grossophobie) et la neurodiversité créent des barrières supplémentaires. Les personnes en situation de handicap vivant dans des corps plus gros ou ayant des fonctionnements neurodivergents rapportent souvent éviter les soins par crainte de jugement ou face à du matériel inadapté. La campagne appelle à des approches « neutres » et à une inclusion dès la conception des services, plutôt que des adaptations a posteriori.

  4. Identités de genre et variations corporelles 

    Les personnes transgenres et intersexes en situation de handicap font face à des défis uniques. D'un côté, la pathologisation des corps intersexes par des chirurgies non consenties ; de l'autre, un système de santé cisnormatif qui rend l'accès aux soins d’affirmation de genre extrêmement difficile pour les personnes trans handicapées. La WAS insiste : les variations naturelles des corps ne sont pas des désordres à corriger, et le consentement doit être la règle absolue, quel que soit le type de handicap.

  5. Maladies chroniques, fin de vie et transitions 

    Enfin, la campagne rappelle que la maladie chronique, le deuil du corps, la grossesse, le post-partum et la ménopause sont des moments clés où la santé sexuelle est souvent mise entre parenthèses. Pour les personnes handicapées, ces étapes sont souvent médicalisées à l'excès, évacuant la dimension du plaisir et de l'intimité. Une étude citée par la WAS révèle que 96 % des patientEs en soins palliatifs n'ont jamais été interrogéEs sur leur intimité, alors que ces échanges sont jugés essentiels lorsqu'ils ont lieu.


De la prise de conscience à l'action structurelle

Intégrer ces différentes réalités corporelles nous conduit à une conclusion commune : le problème n'est pas le corps de la personne, mais le système qui la juge inadéquate.


Comme le résume la campagne, la question n'est pas de savoir comment les personnes handicapées (ou âgées, ou grosses, ou racisées, ou trans) devraient ressentir leur corps, mais quel système a produit l'écart dans leur accès aux soins.


Pour passer de la prise de conscience à l'action, la WAS et les acteurices de terrain appellent à :

  • Co-concevoir les services avec les personnes concernées (« Rien sur nous sans nous »).

  • Rendre accessible l'information et les lieux physiquement, mais aussi cognitivement (FALC, LSF) et culturellement.

  • Former les professionnelLEs au croisement des discriminations et à la déconstruction de leurs propres biais (validisme, âgisme, racisme, etc.).

  • Garantir l'autonomie en remplaçant les régimes de tutelle par la prise de décision accompagnée.


Le monde fonctionne mieux lorsque nous reconnaissons que chaque corps a un soi sexuel. Chaque corps a droit à l’autodétermination, au respect, à la justice et au plaisir. C'est cela, la véritable fierté handi : exiger un monde où aucun corps n'est laissé pour compte.

 
 
 

1 commentaire


Aaliyah Aaliyah
il y a 7 jours

Je suis sexuellement active je suis en fauteuil roulant. Je n'ai pas fait de frottis depuis des annees parce que je n'ai pas de gynecologue qui a du matos d'examen adapte au handicap. C'est tellement complique de trouver un bon gyneco pro et avec qui il y a de l'ecoute et de l'entente que j'ai laisse tomber

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