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Les personnes handicapées ont toute leur place dans les luttes queer : briser les barrières du validisme pour une Pride vraiment inclusive

Illustration de style dessin vectoriel montrant deux groupes de personnes engagées. À gauche, une personne en fauteuil roulant et une personne debout aux cheveux roses lèvent le poing. À droite, un groupe manifeste avec un mégaphone et un drapeau rouge, incluant une personne en fauteuil roulant poussée par un ami. L'ensemble évoque la solidarité, l'inclusion et la lutte collective pour des droits communs.

"Les personnes handicapées ont leur place à la Pride." Cette affirmation devrait être une évidence. Pourtant, chaque année, lors des mois des fiertés LGBTQIA+, je constate avec amertume que nos communautés marginalisées continuent d'être reléguées au second plan, voire carrément exclues des espaces de célébration et de militantisme.


Pourtant, le croisement entre handicap et identités queer n'est pas un concept abstrait : c'est une réalité vécue par des milliers de personnes qui naviguent quotidiennement entre validisme et LGBTQIA+phobie. Comme le soulignent les militantEs, "l'accessibilité, c'est plus qu'une rampe". C'est une révolution culturelle, politique et sociale que nous devons mener ensemble.


Le validisme : cette oppression invisible qui gangrène nos luttes

Le validisme, système d'oppression subi par les personnes handicapées du fait de leur non-correspondance aux normes médicales établissant la validité, imprègne l'ensemble de notre société, y compris nos espaces militants queer. Cette idéologie postule que les corps non correspondants, jugés handicapés, ont moins de valeur et sont naturellement considérés comme inférieurs.


Dans les événements Pride, le validisme se manifeste de multiples façons :

  • Inaccessibilité physique : lieux sans rampes, sols chaotiques, chars inaccessibles, absence de toilettes adaptées

  • Barrières sensorielles : musique trop forte, lumières stroboscopiques, absence d'espaces calmes

  • Exclusion communicationnelle : absence d'interprètes en langue des signes, supports non adaptés

  • Préjugés tenaces : infantilisation, asexualisation, ou au contraire hypersexualisation des corps handicapés


Comme je l'explique dans mes formations, "le validisme nous concerne ou concernera toustes !" Nous sommes toustes concernéEs par cette oppression systémique qui hiérarchise les corps et justifie l'exclusion de certaines personnes de l'espace public, de l'emploi, de la citoyenneté... et même de nos propres luttes.


L'intersectionnalité crip/queer : une réalité trop souvent invisibilisée

Les personnes queer en situation de handicap subissent une double, voire triple peine. Elles font face à la fois au validisme, à l'hétérosexisme, au cissexisme, et souvent au racisme, au classisme ou à d'autres formes d'oppression.


Les personnes LGBTQIA+ en situation de handicap rencontrent des obstacles supplémentaires pour accéder aux soins de santé sexuelle, à la contraception, ou pour faire reconnaître leurs droits fondamentaux.


Pourtant, cette intersectionnalité est trop souvent ignorée dans les discours militants. Les mouvements féministes se concentrent sur les femmes valides, les luttes antiracistes sur les personnes racisées valides, et les mouvements LGBTQIA+ sur les personnes queer valides. Où sont les personnes qui naviguent à l'intersection de ces oppressions ?


L'accessibilité : bien plus qu'une question technique

Comme le soulignent les militantEs, l'accessibilité ne se résume pas à installer une rampe d'accès. C'est une démarche globale qui doit intégrer :


L'accessibilité spatiale :

  • Toilettes accessibles en nombre suffisant

  • Cheminements sans obstacles

  • Espaces de repos et zones calmes

  • Mobilier adapté


L'accessibilité sensorielle :

  • Interprètes en langue des signes

  • Boucles à induction magnétique

  • Espaces avec réduction sensorielle


L'accessibilité cognitive :

  • Supports en Facile à Lire et à Comprendre (FALC)

  • Informations en Braille et gros caractères

  • Descriptions audio

  • Signalétique claire et contrastée


L'accessibilité sociale :

  • Formation des équipes d'accueil

  • Politiques anti-discrimination claires

  • Espaces non-mixtes si nécessaire


Les outils concrets pour agir : les guides accessibilité des Dévalideuses

Heureusement, des ressources existent pour nous aider à construire des événements vraiment accessibles. Le collectif Les Dévalideuses, dont je suis membre active, propose gratuitement leurs Guides Accessibilité 2026 téléchargeables sur leur site.


Ces outils pratiques permettent aux organisateurices d'événements, aux associations, etc., de mettre en place des mesures concrètes pour inclure les personnes handicapées.

Ils couvrent tous les aspects de l'accessibilité, de la communication à l'accueil, en passant par les aménagements physiques et sensoriels.


Ces guides sont le fruit de l'expertise d'usage des personnes directement concernées. Car qui mieux que les personnes handicapées pour savoir ce dont elles ont besoin ? C'est tout le principe de la pairE-aidance : valoriser les savoirs expérientiels des personnes directement concernées pour transformer les pratiques.


La désinstitutionnalisation : un enjeu queer et antivalidiste

Un autre point crucial, souvent oublié dans les luttes queer, c'est la question de la désinstitutionnalisation. Comme je l'explique dans mes formations, le modèle institutionnel enferme les personnes handicapées dans un cercle social restreint, limite leur autonomie et les prive de rencontres.


Pour les personnes queer en situation de handicap, cette institutionnalisation est doublement violente : elle les coupe de leurs communautés d'appartenance LGBTQIA+ tout en les maintenant dans des structures qui ne reconnaissent pas leur sexualité ni leur identité de genre et orientation sexuelle.


La désinstitutionnalisation, c'est permettre à chaque personne de vivre où elle le souhaite, avec qui elle le souhaite, en ayant accès aux mêmes droits et aux mêmes opportunités de rencontres que tout le monde. C'est un enjeu fondamentalement queer, car il s'agit de liberté, d'autodétermination et de droit à la liberté à la vie affective et sexuelle.


Vers une Pride vraiment inclusive : propositions concrètes

Pour que les mois des fiertés soient réellement inclusifs, voici quelques mesures que nous pouvons mettre en place (liste non exhaustive) :


Avant l'événement :

  • Consulter les collectifs de personnes directement concernées (pas les associations gestionnaires) dès la conception

  • Choisir des lieux accessibles et les vérifier sur place

  • Prévoir un budget accessibilité (interprètes, adaptations, etc.)

  • Former les équipes d'accueil et de sécurité


Pendant l'événement :

  • Mettre en place des espaces calmes et de repos

  • Proposer des visites guidées avec interprètes LSF

  • Avoir des bénévoles forméEs à l'accueil des personnes handicapées

  • Garantir l'accès aux toilettes adaptées


Après l'événement :

  • Recueillir les retours des personnes handicapées

  • Évaluer ce qui a fonctionné et ce qui peut être amélioré

  • Partager les bonnes pratiques avec d'autres organisateurices


Construisons ensemble des luttes vraiment inclusives

Les personnes handicapées ne sont pas un "plus" dans les luttes queer : nous en sommes une partie intégrante. Nos corps, nos existences, nos désirs font partie de la diversité humaine que nous célébrons.


Nous appartenons à ces espaces de fierté, de résistance et de célébration. Mais pour que cette appartenance soit réelle et non symbolique, il faut agir concrètement.


Téléchargez les guides accessibilité des Dévalideuses, formez-vous au validisme, consultez les personnes concernées, et surtout : agissez. Car la fierté, c'est aussi la fierté d'être crip, queer, et de refuser les normes qui voudraient nous invisibiliser.


Ensemble, construisons des espaces où chaque corps, chaque identité, chaque désir trouve sa place. Ensemble, faisons de la Pride un espace vraiment inclusif, où personne n'est laisséE de côté.

 
 
 
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